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Musée des beaux-arts du Canada

Scott McFarland. La réalité aménagée - 11 avril – 13 septembre 2009

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Thèmes

Le jardin

Dans sa série Jardins, qui se concentre sur les jardins privés que l’on trouve dans le quartier cossu de West Side à Vancouver, McFarland réunit la vue rêvée du jardin et de soigneuses mises en scène à plusieurs personnages, qui illustrent l’entretien des lieux. Dans certains cas, la composition et la pose étudiée des ouvriers soulignent l’idée de l’activité humaine se fondant avec la nature, comme on peut le voir dans Inspecter, Allan O’Connor cherchant des Botrytis cinerea (2003), où le dos arqué des jardiniers fait écho aux courbes des haies et massifs sur lesquels ils travaillent. De plus, les activités de jardinage sont intégralement liées aux procédés photographiques, les deux ayant de nombreux éléments en commun – dont le recours à des produits chimiques : la photographie avec les révélateurs, les bains d’arrêt et les fixateurs, le jardinage avec les engrais et les pesticides.

La connexion entre jardinage et photographie remonte aux origines mêmes de la technique photographique. William Henry Fox Talbot (1800–1877), créateur du procédé négatif-positif qui deviendra la base de la photographie moderne, est un jardinier amateur passionné. Il va développer son procédé photographique afin d’améliorer la méthode alors en vigueur pour décrire les plantes.

Photographie :
l’art et le document

Les photographies de McFarland remettent en question la catégorisation entre art et documentation. Pour ce qui est de cette dernière, la photographie dans sa capacité descriptive représente l’autorité et l’ordre, ancrée qu’elle est dans une foi culturelle en l’objectivité du médium. À un niveau, les œuvres de McFarland, à la précision toute en détail et à la netteté saisissante, présentent le monde comme quelque chose d’intensément observé et scruté. Dans certains cas, comme cela transparaît particulièrement dans les vues du Huntington Botanical Garden à San Marino, en Californie, les légendes taxinomiques telles que « echinocactus grusonii » viennent renforcer une approche documentaire par leurs liens avec les systèmes de classification scientifique qui organisent avec soin la réalité.

L’idée de documentation, toutefois, est remise en question par la dimension artistique de l’imagerie. McFarland utilise la pellicule et une chambre photographique grand format pour prendre ses clichés. Il scanne ensuite ses négatifs et les combine numériquement pour présenter une photographie étonnamment cohérente. Cette capacité à transformer le monde trouve écho dans son sujet même. Les jardins sont en général des lieux artificiels. Ils abritent souvent diverses espèces de plantes non indigènes que l’on a choisies pour leur effet esthétique. Pourtant, le jardin est vu plus comme un lieu organisé, et le photographe travaille donc à créer une image contrôlée de ce qu’il illustre, une aspiration des photographes de la nature qui remonte au XIXe siècle. Cependant, au XXIe siècle, la manipulation numérique permet au photographe d’agir tel un grand peintre.

Les animaux

Dans ses photographies soigneusement mises en scène, McFarland présente une vision raffinée de la nature et de la place des humains en son sein. Les animaux, en général domestiques, se tiennent sagement près de leurs gardiens; une main ferme sur sa tête calme un cheval que l’on vient de ferrer, et des chiens restent vigilants aux côtés de leurs maîtres.

Avec le format en vue élargie, le sujet est traité à la manière d’un tableau empreint de majesté : un gardien de zoo nourrit avec douceur des porcs-épics placides et lourds, dans un décor naturel stylisé; de jeunes femmes toilettent des chevaux dociles dans un verger bucolique rempli de pousses printanières; des gens sont dans un bois, et leurs chiens, fidèles compagnons, sont pourtant distraits par la compagnie les uns des autres.

Les univers humain et animal sont dépeints comme étant intimement entrelacés, une vision que complète la méthode de McFarland consistant à créer une imagerie qui emprunte aux propriétés tant numériques qu’analogiques de la photographie. Par cette manière hybride de travailler, l’artiste montre notre relation avec la nature comme une interaction subtile entre fait et fiction.